WEBVTT

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Bonjour à toi et bienvenue dans cet espace dédié à la détente et à l'imaginaire.

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 Avant d'embarquer pour ce nouveau conte,

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 je t'invite à t'installer confortablement,

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 à relâcher tes épaules et à fermer doucement les yeux si tu le souhaites.

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 Prends une grande inspiration,

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 puis laisse-la s'échapper lentement.

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 Ceci est ton moment,

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 un instant pour toi.

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 pour t'évader,

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 rêver et te ressourcer.

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 Lorsque tu seras prête,

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 le voyage pourra commencer.

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 La nuit s’était faufilée partout, jusqu’aux ultimes recoins de la maison, imposant son silence ouaté. Hervé n’avait pas cherché à la contrer. Il s’était laissé engourdir, gagné par la lenteur du monde arrêté, les épaules affaissées, les doigts posés distraitement autour du pied d’un verre. Une liqueur ambrée y laissait, sur les parois, une trace collante, comme la mémoire du sucre sur une bouche d’enfant. Il était seul — une solitude ancienne, presque familière — et la maison semblait respirer à son rythme, comme si elle consentait à l’accompagner dans sa veille.



Dehors, la pluie tapotait les vitres avec une discrétion de chat perdu. Dedans, la lumière tremblait, orangée, feutrée, à la limite de la suffocation. Une ampoule nue pendait du plafond, révélant la poussière qui dansait, indifférente à la gravité. Hervé avançait dans le salon, pieds nus sur le parquet. Le froid du bois le réveillait un peu, le ramenait à lui-même, à la matière de son existence. Dans le miroir, tout au fond de la pièce, il aperçut d’abord un reflet trouble, informe, comme une tache d’ombre qui hésitait à prendre forme.



C’était un grand miroir, vestige d’un autre temps, adossé contre le mur. Le genre de miroir à vous regarder plus longtemps que vous ne le voudriez, à imposer sa propre version de la réalité. Hervé s’y observa — du moins tenta. Ce n’était pas la première fois qu’il se surprenait à chercher autre chose dans la glace, comme si un écho, une silhouette réfractée, allait soudain lui parler. Ce soir-là, il sentit tout de suite que quelque chose avait changé.



Son visage, habituellement fuyant, se dessinait avec une netteté inattendue. Il découvrit, derrière ses propres traits, une autre présence. Pas tout à fait un double, mais un reflet étrangement juvénile, incrusté dans la trame du verre. Un enfant, peut-être dix ans, le regardait, planté là, pieds joints, mains crispées sur la couture de son pantalon. Hervé sentit son souffle se suspendre. Il n’avait pas rêvé : dans la pénombre, l’enfant lui souriait, un sourire minuscule, à peine esquissé. Des yeux vastes, sombres, pleins d’une perplexité inquiète, lui demandaient un secret. Lui tendaient la main, ou la suppliaient de ne rien dire.



Il approcha lentement, comme on s’approche d’un animal blessé. Ses propres souvenirs d’enfance s’invitaient, brouillant le présent : les hivers dans la maison de la grand-mère, l’odeur du pain grillé, la crainte permanente d’un père colérique, absent ou trop présent. L’enfant du miroir semblait porter tous ces souvenirs sur ses épaules maigres. Un cartable trop lourd, une culpabilité qui ne disait pas son nom.



Hervé hésita. Fallait-il parler ? Il se sentit ridicule, vieux, un peu fou, à fixer ce reflet improbable. Mais l’enfant, lui, ne lâchait pas prise. Il inclinait la tête, s’interrogeait en silence, invitait à la confidence. Un dialogue intérieur commença, d’abord imperceptible, puis, à mesure que la nuit avançait, de plus en plus net. Dans la pièce, rien ne bougeait, sinon la tension entre le dedans et le dehors, le passé et le présent, l’homme et l’enfant qu’il avait oublié d’être.



Il leva le verre à ses lèvres. L’alcool brûla, léger, puis s’évapora, ne laissant qu’une chaleur creuse sous la langue. Il s’accouda contre le buffet, posa le verre, laissa ses doigts glisser sur le bois poli, suivant les rainures comme on lit la paume d’une main. Le miroir le regardait toujours, le scrutait même, jusqu’à l’intolérable. Hervé se sentit à nu, dépouillé de tout ce qui faisait façade. Il comprit, sans mots, que l’enfant n’était pas là pour le juger, mais pour l’appeler. Appeler à quoi ? À une traversée. À un passage.



Il y eut un moment de flottement, presque de paix. Le silence devint si dense qu’il aurait suffi d’un mot, d’un rien, pour briser l’équilibre. Hervé sentit son cœur s’alourdir, comme si chaque pulsation devait expulser une part de ce qu’il avait trop longtemps contenu. Les souvenirs affluaient par vagues : une gifle qui claque, une main qui retient in extremis, les dimanches sans parole, la promesse jamais tenue d’aller pêcher, l’espoir tenace d’un “je suis fier de toi” qui ne vint jamais.



Il voulut parler, mais les mots restèrent en suspens, accrochés à la gorge. L’enfant du miroir attendait, patient, presque résigné. Hervé se demanda s’il avait le droit de commencer. De crever l’abcès. Il pensa au père, à la figure massive qui peuplait ses cauchemars et ses souvenirs, à la pe  ur de lui ressembler. Tout cela palpitait dans l’air, prêt à éclater, mais, paradoxalement, prêt aussi à s’apaiser. Il réalisa qu’il était temps. Qu’il ne pouvait plus reculer.



Ses yeux se remplirent d’une buée inattendue. Il cligna, deux fois, puis osa tendre la main vers la glace, la paume ouverte comme pour toucher l’enfant. Geste absurde : le reflet répondit, mimétique, mais Hervé jura sentir la tiédeur de la petite main à travers le froid du verre. Il y eut un accord tacite, un serment muet, échangé dans la lumière déclinante.



Il resta longtemps ainsi, sans bouger, jusqu’à ce que la fatigue l’emporte, jusqu’à ce que la silhouette juvénile dans le miroir s’estompe, redevenant simple reflet. Mais Hervé savait que rien ne serait plus jamais pareil. Le voyage avait commencé.



Un frisson traversa la maison, écho lointain d’une tempête déjà passée ou d’une accalmie à venir. Au dehors, la pluie redoubla, lavant les carreaux, repoussant plus loin les ténèbres. Dedans, une paix timide s’installait, portée par la promesse d’une réconciliation, lente, hésitante, mais irrésistible. Hervé ferma les yeux, le visage tourné vers l’enfance retrouvée. Il sourit, à son tour, et murmura dans le noir : “On y va.”



Le silence n’avait pas répondu, mais il avait cédé la place à un commencement.

