WEBVTT

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Bonjour à toi et bienvenue dans cet espace dédié à la détente et à l'imaginaire.

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 Avant d'embarquer pour ce nouveau conte,

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 je t'invite à t'installer confortablement,

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 à relâcher tes épaules et à fermer doucement les yeux si tu le souhaites.

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 Prends une grande inspiration,

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 puis laisse-la s'échapper lentement.

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 Ceci est ton moment,

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 un instant pour toi,

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 pour t'évader,

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 rêver et te ressourcer.

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 Lorsque tu seras prête,

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 le voyage pourra commencer.

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 L'écho du ruisseau,

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 épisode 1

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 Il coupa le moteur et le silence lui sauta dessus, d’un bloc, comme s’il attendait derrière la portière, tout près, prêt à l’étreindre sitôt la clé tournée. Plus aucun bruit de pneus, de ventilation, plus rien de la rumeur urbaine qui s’immisce partout, même dans les coins de cerveau dont il se croyait protégé. Soren resta assis un instant dans l’habitacle refroidi, les yeux fermés, laissant s’aplanir le tremblement invisible qui lui parcourait les membres, comme un fil électrique trop tendu. Il inspira, hésitant, jusqu’à sentir dans ses poumons l’air humide des sous-bois, avec ce parfum inimitable de mousse et de terre, légèrement âpre, lavé par les premières pluies d’octobre.



Il lui fallut de la patience, presque de la ruse, pour convaincre son corps de sortir de la voiture, de se redresser, de ne pas penser tout de suite à la fatigue ni à l’envie d’en finir, au moins pour ce soir, avec la pesanteur de sa propre histoire. Il déchargea le coffre, manquant d’égarer une boîte de conserves dans l’herbe trempée, et gravit lentement le chemin de pierre jusqu’au chalet. Les marches de bois craquèrent d’un son clair, net, signe que la sécheresse estivale n’avait pas tout à fait quitté la montagne. Le refuge, dressé là à cent cinquante mètres du parking, était identique à son souvenir : un rectangle de mélèze, toit pentu, minuscule terrasse, fenêtres tapissées de rideaux à carreaux rouges, et derrière la porte, un amas compact de silence. 



À peine entré, Soren s’arrêta, chargé soudain de ce calme insolent, presque hostile à qui n’y était plus habitué. Il posa ses affaires dans l’entrée, enleva ses chaussures, sentit la rugosité du parquet sous les chaussettes, puis se dirigea machinalement vers la cuisine. Il alluma la bouilloire, faute de mieux, mais oublia presque aussitôt pourquoi il l’avait fait. La semaine, la ville, le bureau, tout restait là, juste derrière ses tempes, aggloméré en une masse compacte que ni la montée ni l’arrivée n’avaient dissoute. 



Il ouvrit la fenêtre pour entendre le bruit du vent. Les arbres en contrebas balançaient leur cime dans une lenteur tranquille, indifférente, frottant leur feuillage de fin de saison comme des mains qui prient pour elles-mêmes. De la vallée montait l’odeur du feu de bois, celui des autres chalets disséminés dans le repli du versant. Plus haut, la neige n’était pas encore là mais déjà la nuit promettait son gel, rendant l’air tranchant, chargé d’aiguilles invisibles. 



Il laissa la fenêtre entrouverte. Prépara son thé. S’assit devant la cheminée, que personne n’avait allumée depuis des semaines. Alluma une bûche, puis deux, grattant la vieille pierre noire avec les allumettes courtes du tiroir à ustensiles. Il observa longuement la naissance de la flamme, sa lenteur prudente, la façon dont elle léchait l’écorce avant de la dominer. Le feu mit du temps à s’installer. Il fallait de la patience, des gestes mesurés, une confiance presque naïve dans la logique du bois, pour que l’air vicié du foyer veuille bien céder à la lumière. 



Soren s’efforçait de ne penser à rien, mais rien était un mot trop vague, trop chargé de la promesse de penser quand même, à tout, tout le temps. Même la montagne n’y pouvait rien, il le savait, ou croyait le savoir. La semaine avait été une suite de combats, pas seulement contre les autres, ni même contre l’absurdité des procédures ou des dossiers, mais contre une lassitude plus profonde, presque organique, une fatigue d’être, qui n’avait rien à voir avec le sommeil mais tout avec le sens. Il s’était surpris à parler moins fort, à éviter la lumière, à répondre par monosyllabes même à ceux qu’il aimait. La voix de son supérieur – même à distance, même filtrée par l’écran – lui restait accrochée comme une deuxième peau, impossible à enlever sans se blesser. Il s’était cru solide, imperméable, mais là, dans ce refuge, la fragilité revenait, plus nette, plus froide, nue.



Le thé refroidissait dans la tasse. La cheminée commençait à exhaler son odeur particulière, un mélange de cendre et de sève résineuse. Dehors, la nuit était tombée d’un coup, ou bien il n’avait pas vu l’heure passer. Soren s’approcha de la vitre : un ciel lavé, noir, piqué d’étoiles rares, et sur l’horizon, la silhouette grossière des crêtes, tordues comme des draps mal pliés. 



Il avait rêvé, en montant ici, de retrouver quelque chose qu’il avait perdu. Mais quoi ? Le silence, la solitude, la vraie fatigue, celle qui fait dormir au lieu de ronger ? Peut-être s’attendait-il à être repris par une force ancienne, un désir d’agir, d’aller vers l’avant. Mais rien ne venait. Juste ce calme, comme un immense coussin dans lequel il ne savait pas s’enfoncer sans se perdre. 



Il pensa à s’allonger. Il pensa au bruit de la rivière, en bas, qui devait couler dans le noir, invisible et indifférente, pareil à un fil de mémoire qui refuse de céder. Peut-être, se dit-il, faudrait-il demain suivre son cours, remonter au-delà du sentier balisé, perdre pied sur les pierres glissantes, voir où cela mène. Il n’y avait rien d’autre à faire, ou du moins rien d’urgent, rien d’impossible à remettre. Il se fit la promesse vague de se lever tôt, avant même le soleil, et de marcher, longtemps, assez pour que le corps supplante l’esprit, que les muscles, lassés, imposent leur silence à la ronde des idées. 



La nuit était douce, mais le sommeil le fuyait. Il resta un moment encore devant la cheminée, hypnotisé par la façon dont le bois s’effondrait en braises, par la lenteur du temps dans ce lieu, par l’absence de tout autre bruit que celui, lointain, d’un hibou ou d’un chien à l’attache. Il se sentit vieux, soudain, mais pas de la lassitude qui use ; vieux d’avoir vu trop de jours pareils, et de savoir qu’il y en aurait d’autres. Mais, pensait-il, c’est peut-être cela, le vrai repos : ne plus lutter, ne plus attendre, seulement se laisser traverser par la paix d’être inutile, pour une nuit, pour une journée.



Il monta se coucher, après avoir vérifié trois fois que la porte était bien fermée, que le feu n’irait pas brûler la maison, que les étoiles, là-haut, étaient encore à leur place. Il glissa sous les draps froids, écouta la charpente se plaindre à chaque rafale, puis, bercé malgré lui par le bourdonnement sourd de son propre cœur, il sombra dans un sommeil sans rêves, ou s’il en eut, il ne voulut pas s’en souvenir. Demain, il marcherait. Demain, il chercherait autre chose.

